L’effet pervers du télétravail : une pollution numérique forte en carbone

Largement déployé depuis la crise sanitaire de la COVID-19 et depuis le premier confinement en mars dernier, le télétravail se démocratise et est de plus en plus utilisé par les entreprises notamment pour le e-commerce ; par les universités et écoles pour l’éducation à distance ; mais aussi par les services publics pour assurer leur continuité… Mais qui dit télétravail, dit utilisation accrue des outils numériques en notre possession (ordinateur, tablette, smartphone, console…)  Est-ce alors seulement une aubaine, ou bien cela ne cacherait-il pas d’autres effets néfastes qui sont peu remarqués et pourtant très présents ? 

Vous pourriez croire que le fait de ne pas utiliser votre véhicule pour vous rendre sur votre lieu de travail est bénéfique pour la planète puisqu’il y a une réduction de l’émission de CO2. Ne vous y trompez pas, la réalité n’est pas si simple et est bien plus polluante que vous ne voudriez y croire. 

Pourquoi l’utilisation des outils informatiques pollue-t-elle ? 

En premier lieu, parce que tous les équipements informatiques consomment énormément d’électricité, et puisqu’en cette période nous sommes davantage sur nos outils informatiques, nous les rechargeons plus souvent. Mais aussi et surtout, parce que les données stockées par chacun de nos appareils sur un cloud, se retrouvent en réalité dans un datacenter qui lui est très énergivore. En plus de consommer de l’électricité pour les maintenir en activité 24h/24, 7j/7 ; ils produisent beaucoup de chaleur, il faut donc les refroidir par climatisation, immersion dans l’eau, pompage de l’air… donc par des solutions diverses mais demandant une véritable réflexion. 

Quid du télétravail ? 

Une étude a été menée par BNP Paribas 3 Step IT concernant l’impact du télétravail sur l’empreinte environnementale du numérique. D’après cette dernière basée sur les réponses de 1000 décideurs informatiques/numériques européens, 83% des entreprises ont racheté du matériel informatique pour que leurs salariés puissent télétravailler. Cela représente un chiffre d’affaires non discutable pour les fabricants. En revanche pour notre planète il n’en va pas de même, puisque 31% de l’ancien matériel deviendra obsolète et a donc vocation à être jeté d’ici 2022, se joignant ainsi aux 53,6 tonnes de déchets électroniques existants (soit l’équivalent de 1000 ordinateurs jetés par seconde). De plus, 33% des entreprises ne savent pas où vont les « e-déchets ». Pour information, une majorité de ces déchets sont exportés vers des pays tiers à l’Union Européenne ayant des normes de recyclage moins contraignantes. 

Pour ce qui est de la réduction des déplacements, il faut faire attention à « l’effet rebond ». Ce dernier concerne la multiplication des petits trajets pour aller faire des achats de première nécessité, des allers-retours pour aller chercher les enfants à l’école, mais aussi la multiplication des longs trajets entre le domicile et le lieu de travail puisqu’avec cette solution de télétravail, les salariés n’hésitent pas à s’éloigner. 

Heureusement, il y a une prise de conscience des entreprises, et 46% d’entre elles en France mesurent leur empreinte carbone (contre seulement 27% en Allemagne), ce qui place la France sur le podium en 3E position après la Suède et la Norvège. 

Quelles sont les mesures légales ? 

Il existe déjà la loi n° 2015-992 du 15 Août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte qui évoque en son titre IV « lutter contre les gaspillages et promouvoir l’économie circulaire : de la conception des produits à leur recyclage » l’interdiction de l’obsolescence programmée, instaurant une peine de 2 ans d’emprisonnement et de 300 000€ d’amende pour les fabricants transgresseurs. 

Plus récemment, le 12 octobre 2020 il y a eu une proposition de loi portée par des sénateurs Républicains relative à la réduction de l’empreinte environnementale du numérique en France. Ces derniers soutiennent qu’il faut agir dès la formation des ingénieurs. Ils proposent également un crédit d’impôt de 50% pour l’achat « d’équipements numériques reconditionnés » ainsi qu’une réduction de la TVA sur les biens reconditionnés. Cette loi propose aussi de modifier la loi de 2015 en renversant la charge de la preuve de l’obsolescence passant ainsi du consommateur aux concepteurs des équipements. Ils demandent aussi une extension de la garantie jusqu’à 5 ans (et non plus 2). Bref, cette proposition regorge d’idées pour réduire l’impact écologique du numérique, et même pour les achats publics en ordonnant des achats avec un taux minimum de réparabilité, ou encore une écoconception des sites, voire même refuser l’attribution de fréquences aux opérateurs ne prenant pas en compte la préservation de l’environnement avec l’aide de l’ARCEP

Quels gestes adopter pour réduire votre propre pollution numérique ? 

Il est vrai que nous vivons dans un monde numérique où l’utilisation des technologies (IoT, IA, Internet, réseaux sociaux…) est quotidienne et nécessaire. Toutefois, des petits gestes pour réduire votre empreinte carbone numérique existent. De la même manière que vous triez vos déchets, vous pouvez trier vos mails et vider régulièrement votre corbeille (NB : supprimer un mail ne suffit pas, ce dernier reste tout de même stocké, pour le supprimer définitivement, il faut aller dans votre corbeille et la vider). Pensez également à configurer vos applications et sites en mode sombre, ce dernier consommant moins d’énergie. Pensez aussi à recycler ou faire réparer vos anciens appareils, ou encore à acheter des appareils reconditionnés. Comme le disait Theodor W. Adorno, « Les musées préservent notre passé, le recyclage préserve notre avenir ». 

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